osteel's blog Chroniques d'un autre français à Londres Montréal

Ibrahim Maalouf au Queen Elizabeth Hall (19/11/14)

Le Queen Elizabeth Hall fait partie du Southbank Centre. C'est la première fois que j'ai l'occasion de m'y rendre et, en pénétrant les lieux, j'ai effectivement l'impression d'entrer dans un "mini" (900 places assises tout de même) Royal Festival Hall. La prog y est plutôt classique, jazz et avant-garde ; Ibrahim Maalouf s'y inscrit donc parfaitement, et la performance de ce soir se déroule dans le cadre du London Jazz Festival.

La première partie, Native Dancer, est assez énigmatique en ceci qu'il est quasiment impossible de trouver quoi que ce soit sur eux sur internet (et je vous assure que j'ai cherché). Du coup c'est un peu la surprise, et celle-ci s'avère plutôt bonne : leur son est très proche de celui des Submotion Orchestra, la chanteuse a une voix convaincante, et les 5-6 morceaux qu'ils jouent passent comme du petit lait. J'ai du mal à comprendre une communication aussi contrôlée pour un groupe émergeant (tout ce que j'ai trouvé c'est ce pauvre teaser, avec un lien vers leur soundcloud à la fin, un peu vide), mais soit.
Je me rends compte au passage que la place que j'ai réservée, que je pensais bonne, ne l'est pas tellement, vu que la régie est en plein dans mon champ de vision et que Brian le technicien console a l'air de kiffer se balader de long en large en appuyant sur tous les boutons (il jouait d'la console debouuuut, c'est peut-être un détail pour v... ben quoi ?).

Bref.

Une pause de quinze minutes est annoncée après le set des Native Dancer ; j'en profite pour compléter ma panoplie d'adulte en allant me chercher un verre de rouge (j'ai aussi mis mon trench coat et je porte un pull. Ouais.) Je reviens m'asseoir et, après quelques minutes, une personne se pointe dans ma rangée et me dit que je suis assis à sa place. Après vérification, je suis effectivement dans la row CC alors que je suis censé être dans la GG, quelques rangs plus haut, ce qui est une bonne chose car ça me donne droit à une bien meilleure vue que celle de la calvitie naissante de Brian.

La maîtresse de cérémonie remonte sur scène pour annoncer l'arrivée d'Ibrahim Maalouf, qu'elle qualifie de "one of a kind", ce qui se justifie ne serait-ce qu'au regard de son parcours : né à Beyrouth de parents musiciens, sa famille est forcée de fuire la guerre civile et part s'installer en France où il passe son enfance. Il poursuit des études scientifiques avant d'embrasser une carrière de musicien professionnel, sous l'impulsion d'autres musiciens de son entourage. Ayant commencé l'apprentissage de la trompette à sept ans, il est aujourd'hui le seul trompettiste au monde à jouer de la trompette à quarts de tons, instrument inventé par son père et permettant de jouer de la musique à influence arabe.

Les musiciens arrivent sur scène : quatre trompettistes, un batteur, un gratteux, un bassiste et un clavier. Ils commencent à jouer, et un des trompettistes se désolidarise des autres pour venir se placer au centre - Maalouf (le petit coquin).

Ibrahim Maalouf. Dingue.

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(Vous remarquerez que ce relou de Brian est encore debout.)

S'ils sont censés majoritairement jouer "Illusions", certains morceaux sont piochés dans les albums précédents, comme l'extraordinaire "Beirut". Maalouf aime interagir avec le public ; il parsème le set de petites anecdotes et de quelques vannes et met volontiers l'assistance à contribution, comme lors de cet instant assez magique où il parvient à nous faire siffler en coeur et de manière relativement harmonieuse pendant cinq bonnes minutes. Il nous fait aussi chanter (respect à ma voisine, d'ailleurs), et se lance dans un genre de session stand-up assez improbable où il déroule tout un "sketch" juste avec sa trompette pendant une dizaine de minutes.
Les musiciens qui l'entourent sont excellents, ont chacun leurs petits moments solo. Pour le rappel, après le magnifique "True Sorry", un des trompettistes troque son instrument pour une cornemuse : les styles sont allègrement mélangés et je retrouve cette impression générale d'ouverture qui m'avait déjà frappé lors du concert de Mulatu Astatke.

Globalement, la performance de Maalouf transpire d'un amour profond pour ce qu'il fait, amour qu'il parvient à transmettre au public de manière remarquable, gagnant sa ferveur. Je me laisse une nouvelle fois surprendre par le jazz et vis un moment assez exceptionnel.

Je vous laisse avec "Beirut", bijou de onze minutes racontant l'histoire du jeune Ibrahim, arpentant les rues de Beyrouth des années après avoir fui le Liban alors en pleine guerre civile. Il parcourt la ville à la recherche de ces images choc qu'il a vues à la télé, écouteurs vissés sur les oreilles, lorsqu'il aperçoit un nuage de fumée au loin. Piqué par la curiosité, il se précipite et débouche sur une rue où un immeuble vient d'exploser suite à une attaque de missile. La scène est terrible, insoutenable pour un si jeune garçon ; choqué, il tourne les talons et vide les lieux en poussant le son de son Walkman, qui joue alors du Led Zeppelin.

À noter que "Au pays d'Alice...", album issu de sa collaboration avec Oxmo Puccino, qui revisite l'oeuvre de Lewis Carroll et qui a donné lieu à une unique représentation en 2011, vient de sortir et est disponible entre autres sur Spotify.

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