osteel's blog Chroniques d'un autre français à Londres Montréal

Grimeborn Festival au Arcola Theatre

Rendez-vous annuel depuis maintenant dix ans, le Grimeborn Festival est de nouveau venu poser ses valises au cœur de Dalston cet été.

La promesse de cet événement est de rendre l'opéra accessible au plus grand nombre, tant par un prix très compétitif (les œuvres présentées étant rarement à plus de 15£) que par la programmation, constituée de classiques modernisés ou de pièces contemporaines, déroulée dans le cadre décontracté de l'Arcola Theatre.

Ayant été convaincu par une adaptation de La Bohème l'année passée, on décide cette fois-ci de carrément opter pour l'Arcola Passport, donnant accès à cinq œuvres au choix pour la somme attractive de 50£.

The Marriage of Figaro (17/08/16)

Grimeborn Festival - The Marriage of Figaro Crédit photo

On pensait entamer cette saison en douceur avec une œuvre courte puis, en y regardant de plus près, on se rend compte qu'on est en fait partis pour trois heures.

Ou comment rentrer directement dans le vif du sujet.

C'est d'autant plus audacieux que je suis toujours en train de me remettre de la Route du Rock, mais je respire un grand coup et on file s'installer à nos places.

La comédie de Beaumarchais raconte la folle journée de Figaro et Susanna, respectivement valet et camériste au château du Comte Almaviva. Alors qu'ils sont sur le point de se marier, Figaro apprend que le Comte a clairement l'intention d'user de son droit du seigneur pour pécho Susanna.
Forcément ça lui file un peu les glandes, et il décide que ça va pas se passer comme ça.

C'est essentiellement le contenu du premier acte, point de départ de toute une série de péripéties voyant Figaro mettre au point des plans plus pétés les uns que les autres pour faire la nique au Comte, tandis que viennent s'en mêler d'autres personnages avec des intérêts diverses, donnant lieu à des situations rocambolesques.

J'apprécie pas mal toute la première partie, même si je pige environ 40% des dialogues ce qui, vous en conviendrez, est peu. Il n'y a en effet pas de sous-titres pour les œuvres chantées en anglais, et comprendre des textes à la sauce opéra reste costaud, même s'ils ont été modernisés par Lewis Reynolds, le metteur en scène.

La gestuelle et l'aspect théâtral me permettent tout de même de suivre à peu près ce qu'il se passe, même dans un décor plutôt minimaliste puisque principalement composé de chaises.

Je réalise au passage que la chanteuse qui joue la Comtesse est la même qui jouait Mimi pour La Bohême l'an passé (Heather Caddick), et qu'elle est enceinte jusqu'au cou. Ça ne semble nullement la gêner, et elle est même au contraire vocalement nettement au-dessus du lot.

On revient pour la deuxième partie après un entracte de 15 minutes, et là ça se complique un peu : tous les personnages sont présents sur scène, Susanna se fait passer pour la Comtesse et vice-versa, tout le monde chante en même temps, je pige que dalle et commence sérieusement à décrocher.

Grimeborn Festival - The Marriage of Figaro Crédit photo

C'est là que je regrette de ne pas avoir lu l'histoire au préalable, ce qui m'aurait certainement permis de mieux apprécier cette seconde partie qui pour le coup m'a paru bien longue.

La pièce est de qualité néanmoins, avec une mise en scène minimaliste mais fonctionnelle, des chanteurs talentueux et un orchestre de chambre assurant l'accompagnement musical depuis un coin de la scène (initialement écrit par Mozart et réarrangé pour l'occasion par John Jansson, le chef d'orchestre).

Maria de Buenos Aires (30/08/16)

Grimeborn Festival - Maria de Buenos Aires Crédit photo

Comme l'Arcola Passport nous donne le droit à 10% de réduction au bar, on décide de s'y poser avant la représentation de ce soir, pour boire un verre et manger un bout. C'est sympa comme tout, ils font pas mal de bières locales en bouteille ou en pression, et proposent un menu majoritairement végétarien, avec des options viande.

Je prends un veggie burger au bleu, dont le patty est composé d'une sorte de risotto compact pas dégueulasse du tout.

On se rend ensuite dans la salle où nos places nous attendent au premier rang.
La description promettait un mélange d'opéra et de danse, et elle ne mentait pas : le Maria de Buenos Aires de Natalie Katsou est effectivement un mixe de tango et de chant, mais aussi de théâtre.
Avec une forte dominance de rouge et de noir (coucou Jeanne !), jusqu'aux costumes des musiciens placés en retrait derrière les acteurs (le Deco Ensemble, un mélange de piano, contrebasse, violon, guitare, percussions et accordéon tout à fait plaisant), l'esthétique de la pièce est très réussie et la mise en scène soignée. Catarina Sereno, qui campe le personnage de Maria, est superbe et définitivement un bon choix pour le rôle, même si sa voix est parfois un peu juste sur les notes les plus aigües.

Grimeborn Festival - Maria de Buenos Aires Crédit photo

Les passages chantés le sont en espagnol, sous-titrés pour mon plus grand bonheur. Ça n'aidera pas tellement ma compréhension cependant, l'histoire et les dialogues n'ayant pas beaucoup de sens : on est en effet dans le registre du surréalisme, et c'est un peu coton à suivre.
Je comprends que Maria est une nana qui allume un peu tout ce qui bouge, ce qui lui attire les foudres de toutes les femmes dont elle fait tourner la tête des maris et lui vaut de finir poignardée dans la rue par un amant jaloux.
À partir de là, ce n'est pas très clair si elle est morte ou si elle devient une sorte de fantôme, les scènes suivantes la montrant internée dans un genre d'hôpital psychiatrique, avant qu'elle ne mette au monde une fille.

Bref, une œuvre davantage axée sur l'esthétique que sur le récit, probablement un poil trop longue et manquant un peu de rythme (j'ai surpris plusieurs spectateurs en train de roupiller), mais un bel objet quoiqu'il en soit.

Gianni Schicchi / Pagliacci (31/08/16)

Grimeborn Festival - Gianni Schicchi / Pagliacci Crédit photo

La soirée est cette fois-ci une double bill, composée de deux opéras relativement courts joués successivement.
J'annonce direct que nous ne sommes pas restés pour le deuxième, bien que le premier nous ait plu (spoiler !).

C'est juste que la description Wikipedia de Pagliacci, la seconde partie, m'a paru quelque peu obscure (chiante, en fait), et qu'une heure et demie de spectacle sont en vérité bien suffisantes.

Gianni Schicchi

Je découvre le Studio 2 de l'Arcola, une petite salle au sous-sol du théâtre pouvant accueillir une centaine de personnes. C'est tout aussi charmant, avec des pierres apparentes et un plafond relativement bas, le tout ayant des allures de théâtre clandestin.

Il n'y a pas de places réservées et on se cale au premier rang sur un des côtés, près du piano. Des décors en bois sont déjà en place, avec un petit côté DIY/amateur assumé plutôt cool.

Gianni Schicchi est un opéra comique italien du début du XXè siècle montrant en ouverture la mort de Buoso Donati, juste après qu'il ait écrit son testament. Ses proches vénaux ont vite fait de venir feindre le pleurer, s'attelant sans tarder à la recherche du testament, quelque peu inquiétés par une rumeur disant qu'il aurait tout légué à un monastère, l'enfoiré.
Le petit cousin Rinuccio (je vous ai dit que c'était un opéra italien ?) finit par mettre la main sur le précieux document mais demande à sa mère Zita l'autorisation d'épouser Lauretta, la fille de Gianni Schicchi, avant d'en révéler le contenu.
Zita s'en fout tant que Donati les a tous rendus riches, et Rinuccio file chercher Lauretta et Schicchi en laissant le testament sans même le regarder, confiant que son oncle lui a laissé plein d'oseille.

Le reste de la famille découvre avec horreur que la rumeur est vraie et a vite fait de sécher ses larmes de crocodile tout en maudissant Donati, qui pourrit tranquillement sur son lit.

Rinuccio revient avec Lauretta et Schicchi et les convainc de laisser ce dernier, ayant la réputation d'être un vieux roublard, de les aider à falsifier le testament, ce qu'ils acceptent non sans lui avoir d'abord fait comprendre qu'ils le prenaient un peu pour de la merde, lui et son milieu social.

Schicchi est cependant un mec futé en effet, et trouve le moyen de bien la leur mettre à l'envers, raflant la mise tout en s'assurant de pouvoir financer le mariage des deux tourtereaux.

L'opéra est joué par 8-9 chanteurs de toutes générations confondues, avec une légère touche d'amateurisme omniprésente mais renforçant le charme de l'ensemble. Le jeu est plutôt bon, je souris souvent, ris quelques fois, et suis facilement l'histoire (d'une part parce que j'ai eu la bonne idée d'en lire le résumé avant, mais aussi parce que la proximité des acteurs rend la compréhension plus aisée).

Le tout a un petit côté théâtre de village et c'est tout à fait sympathique.

Youkali: The Pursuit of Happiness (01/09/16)

Grimeborn Festival - Youkali: The Pursuit of Happiness Crédit photo

Youkali: The Pursuit of Happiness est basé sur le Youkali de Kurt Weill et est joué par un couple chanteuse / accordéoniste qui déroule une succession de saynètes toujours accompagnées d'une chanson, et tournant autour d'une question centrale : qu'est-ce que le bonheur ?

La pièce est de nouveau jouée au Studio 2, et cette fois-ci on se place bien en face de la scène, au milieu, non loin de la metteur en scène Angeliki Petropetsioti qui se tortille sur son siège pendant toute la durée du spectacle.
Elle est d'origine grecque, tout comme les deux artistes, et on se rend rapidement compte que la moitié de la salle l'est probablement aussi, les proches s'étant apparemment déplacés en nombre pour cette représentation unique.

Les chansons sont souvent connues et réarrangées à la sauce opéra / accordéon (Che Sera Sera, notamment), et chaque scène est un mélange de chant, de danse et de théâtre.
C'est assez frais, très accessible, et invite davantage le public à participer que les autres œuvres, en ce sens plus classiques. Le spectacle est également multilingue, mélangeant allègrement anglais, français, italien et espagnol.

Joué sur une heure environ, j'en suis ressorti de bonne humeur.

Something Inside So Strong (07/09/16)

Grimeborn Festival - Something Inside So Strong Crédit photo

Bon. Par où commencer.

Par la description du site de l'Arcola Theatre, peut-être :

"Exaltante, surprenante et pleine d'esprit, Something Inside So Strong est une nouvelle comédie musicale audacieuse, créée avec de jeunes talents, basée sur les chansons de Labi Siffre."

Bien.

Alors c'est vrai qu'ils sont jeunes et pleins d'énergie, et il n'y a aucun doute sur le fait qu'il y a eu du travail derrière cette création. Quelques uns ont vraiment de belles voix, ou un talent certain pour le théâtre, et l'effort de mise en scène est indéniable.

Mais objectivement, c'était chiant.

Lorsque le show démarre, on se rend vite compte qu'il y a quelque chose de bizarre. C'est brouillon, on n'entend pas tous les acteurs, certains hésitent, d'autres chantent faux, et on a rapidement l'impression d'être au beau milieu du spectacle de fin d'année de la Maison Pour Tous de Pleumeur-Bodou, entourés de proches, amis ou parents venus applaudir leurs chérubins.

Ne nous méprenons pas, j'insiste que la plupart se débrouillent plutôt pas mal, et il est clair que pour certains il s'agit d'une vocation.
Non, je pense qu'il s'agit juste d'une erreur de programmation de la part du festival car, non seulement Something Inside So Strong n'a absolument rien à voir avec l'opéra, mais la qualité de la production est bien en-deçà des autres œuvres programmées (celles que nous avons vues, du moins).

Je suis complètement pour le fait d'encourager les jeunes artistes, mais là, il y a simplement tromperie sur la marchandise.

Dommage.

Du coup, on s'échappe discrètement à l'entracte, en espérant qu'on ne soit pas trop nombreux à en faire de même, l'objectif n'étant évidemment pas de décourager ces jeunes pousses.

Conclusion

Même si les œuvres présentées sont assez inégales, la possibilité d'en voir cinq pour 50£ est assez imbattable. J'ai passé un bon moment pour la majorité d'entre elles (je mets ici de côté Something Inside So Strong, que je considère réellement comme un bug de programmation), même si honnêtement aucune ne m'a paru à la hauteur de l'adaptation de La Bohème présentée l'année dernière.

S'engager pour cinq opéras était peut-être un poil ambitieux et, même si dans l'ensemble ce fut plutôt un succès, je pense que l'année prochaine je me contenterai de ceux qui me tapent vraiment dans l'œil.

Pour les curieux souhaitant s'initier, je recommanderais de sélectionner un classique (et d'en lire un résumé au préalable) et une œuvre plus contemporaine.

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