osteel's blog Chroniques d'un autre français à Londres Montréal

Wozzeck au Royal Festival Hall (02/10/15)

Le jour tombe sur la Tamise alors que je m'enfile quelques frites cuites à la graisse de canard (c'est pas mal bon) achetées au food market du Southbank Centre.

J'attends ma date à l'entrée du Royal Festival Hall : on a deux tickets pour Wozzeck, premier opéra du compositeur autrichien Alban Berg, joué ce soir par l'orchestre et le choeur de l'Opéra de Zurich. J'ai vu Man Up le dimanche précédent et du coup ça me fait un peu marrer d'avoir rencard au Southbank Centre, même si j'estime être un peu moins barré que le personnage de Simon Pegg.
Je crois.

Bref.

Elle me rejoint et nous filons au bar prendre de quoi tenir les 1h45 de performance (pas d'entracte). Nous nous pointons à la porte et là, première déconvenue : impossible d'entrer avec les verres, alors que ce n'est pas un souci au Queen Elizabeth Hall voisin.

Nous descendons donc en deux minutes la quantité maximum que la décence autorise de ce grand verre de pinot noir avant de gagner nos places - en balcon s'il vous plait.

A photo posted by @nataliegor on

Seconde surprise : pas de décor, et les chaises et instruments attendant les 116 musiciens de l'Orchestre prennent toute la scène. Nous comprenons vite qu'il ne s'agit pas d'un opéra "joué", qu'il n'y a pas de costumes, ni même un quelconque jeu d'acteur. Les interprètes restent "simplement" chanter au devant de la scène et vont et viennent au rythme des différents actes.

J'ai un peu peur de galérer à rentrer dans le délire, mais soit.

L'histoire, qui se situe côté allemand lors de la première Guerre Mondiale, tourne autour de Wozzeck, simple soldat, et dépeint la vie dans une petite ville de campagne pendant le conflit. Je n'ai ni compris ni suivi à 100%, mais je vais tâcher de plus ou moins vous restituer la pièce (avec un peu d'aide de Wikipedia, tout de même).

Acte 1

Lors de la première scène, Wozzeck se fait un peu victimiser par son capitaine alors qu'il lui taille la barbe. Ce dernier le vanne sur le fait qu'il a fait un gosse hors mariage, ce qui n'est pas super bien vu à l'époque. Wozzeck rétorque que c'est pas facile-facile quand t'as pas une thune et lui balance une citation bien placée que le capitaine ne comprend pas (une référence religieuse ou une punchline de Maître Gims, je sais plus trop, dans tous les cas le mec est calmé direct).

La deuxième scène montre Wozzeck et un de ses copains soldats qui sont je sais pas où, mais Wozzeck a l'air d'avoir des visions de ouf et on comprend qu'il a un léger pet au casque.

Scène 3 : on voit Marie, la meuf de Wozzeck, qui se fait chambrer par sa copine Margret parce qu'apparemment elle fricote pas mal avec les soldats (quelle sal… petite dévergondée). Puis Wozzeck débarque, raconte ses visions, et se casse sans aller voir leur gamin qui dort dans la pièce à côté, du coup Marie est triste et se lamente parce qu'elle est pauvre.

Note au passage : je vais peut-être donner l'impression de raconter le truc en accéléré, mais il n'en est rien. Tout s'enchaine de manière un peu décousue et la trame n'a pas toujours beaucoup de sens. Ceci dit, ça m'avait déjà fait cet effet pour La Traviata, j'imagine donc que c'est inhérent au genre.

Scène 4 : Wozzeck va voir son toubib qui le réprimande un peu sur le fait qu'il ne suit pas le régime qu'il lui a prescrit. Puis il lui raconte ses visions et le docteur change de comportement et se félicite du succès de son expérience.

Je pige pas tout mais clairement y'a embrouille.

Scène 5 : Marie se fait draguer par le chef des tambours qui passait par là. Elle résiste 30 secondes puis se laisse pécho (quelle sal… femme de petite vertu) (nan mais en vrai jugez pas, admettez que chef des tambours ça en jette un max).

Fin du premier acte.

Du coup, si on fait un petit bilan, en l'espace d'un acte le mec se fait vanner à balle, devient un peu cinglé, est fait cocu par sa meuf, et s'avère être un genre de rat de laboratoire.

Wozzeck, on va pas se mentir, t'es pas tout à fait un winner.

Acte 2

Je vais pas faire toutes les scènes parce que c'est un peu chiant, vous m'excuserez.

Le chef des tambours (en anglais c'est drum-major, ça fait un peu moins tarte) a donné des boucles d'oreille à Marie, du coup elle kiffe un peu, mais Wozzeck débarque et les voit. Elle fait genre elle les a trouvées mais ça va, il est pas complètement con non plus, il flaire l'arnaque. Du coup il se barre en laissant de la thune (ok, il est peut-être un peu con quand même). Là y'a une scène un peu relou entre le capitaine et le docteur qui se courent après puis Wozzeck débarque et les deux se foutent bien de sa gueule en insinuant que Marie est pas très-très fidèle, quand même, haha.

Décidément ça chambre beaucoup, dans cet opéra.

Wozzeck a un peu les boules. Il rentre chez lui et met cher à Marie qui avoue qu'elle s'en tape un autre. Il va pour lui en mettre une mais elle lui jette un "mieux vaut une lame dans mon ventre que ta main dans ma gueule" (traduction libre) qui lui pose une petite base. Du coup il s'en retourne.

Ensuite ils sont tous à un genre de fête du village où Marie danse avec le chef des tambours et tout le monde a l'air un peu bourré. J'avoue décrocher un peu lors de cette scène. Plus tard pendant la nuit, non content de se taper sa meuf, le chef des tambours vient en plus chercher querelle à Wozzeck après deux-trois verres de schnaps.

Chef des tambours, on va pas se mentir, t'es un peu un bâtard.

Acte 3

Marie commence à se sentir un peu coupable, et c'est pas trop tôt. En fait c'est même un peu trop tard, puisque que lors d'une balade dans les bois avec Wozzeck (pourquoi, on sait pas) et alors qu'ils s'arrêtent près d'une étendue d'eau, Wozzeck lui plante un couteau dans le ventre alors qu'une lune pourpre baigne son reflet dans l'eau, donnant à Wozzeck l'impression que l'étang se remplit du sang de Marie.

Je pense que c'est le moment opportun pour faire une petite pause Legolas :

(Les plus avertis d'entre vous auront capté le rapport entre la façon dont il la tue et ce qu'elle lui a dit plus tôt.)

Plus tard dans une taverne (j'imagine que le meurtre donne soif), Wozzeck s'en prend à Margret (la pote de Marie), qui finit par remarquer qu'il a du sang partout après avoir dansé avec lui, s'être assise sur ses genoux et lui avoir chanté une chanson (Margret, on va pas se mentir, va peut-être falloir que t'ailles voir un ophtalmo). Puis après tout le monde l'insulte et il commence à stresser alors il se casse...

…et retourne direct sur la scène du crime, comme s'il n'avait jamais maté un seul épisode d'Esprits Criminels.

ALLO Wozzeck, on veut bien montrer un peu de compassion mais là, tu admettras que tu fais pas beaucoup d'efforts.

Il percute qu'il devrait peut-être se débarrasser du couteau, au moins, et le balance à la flotte. Puis il se dit que tout ce sang sur sa chemise ça fait un peu tache (allez, celle-là est gratos) du coup il va faire trempette.

Et là il se noie.

Le docteur et le capitaine qui se promenaient par là (les gars, on va pas se mentir, ça commence à être louche, votre histoire) l'entendent vaguement, se disent que quelqu'un est en train de se noyer, et repartent (?).

Scène finale : des gosses jouent, une rumeur disant que le corps de Marie a été retrouvé leur parvient, ils filent tous voir le cadavre en courant, sauf un qui reste à la traine puis finalement les suit : le fils de Wozzeck et Marie.

Encore un qui démarre bien dans la vie.

Conclusion

Entre vous et moi, je me suis un peu fait chier. Les 1h45 sont tout de même passées relativement vite, mais l'absence de décor et d'animation sur scène m'ont empêché de me sentir complètement immergé. Lorsque je vois une dame bien portante habillée en robe de soirée rouge camper le rôle d'une femme sans argent pleurant son malheur dans une baraque miteuse, j'ai du mal à y croire.

Mais peut-être n'ai-je juste pas assez d'imagination.

L'accompagnement musical était sublime, et palliait parfois l'absence de jeu en véhiculant brillamment le côté tragique de certaines scènes. Ça ne m'a malheureusement pas empêché de décrocher à plusieurs reprises.

Point positif pour le prix cependant : les places étaient vendues à partir de £10.

Pour le moment, je reste sur la représentation de La Bohême à l'Arcola Theatre, bien plus immersive à mon goût et ce malgré l'absence de sous-titres. La Traviata était assez impressionnant également, mais la Royal Opera House n'est clairement pas à la portée de tous les budgets.

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