osteel's blog Chroniques d'un autre français à Londres Montréal

Secret Cinema Presents 28 Days Later (23/04/16)

[SPOILER ALERT] Ce qui suit dévoile en détail le déroulement de Secret Cinema Presents 28 Days Later.
Pour la critique en elle-même, rendez-vous en fin d'article.

Secret Cinema Presents 28 Days Later

Samedi 23 avril 2016, 12h35, borough de Southwark, Londres

Une longue file d'attente s'étend du contrôle de sécurité gardé par des militaires aux visages dissimulés sous des masques jusqu'à l'entrepôt désaffecté servant désormais d'hôpital improvisé. Les soldats, flanqués d'autres individus faisant visiblement partie du personnel médical, nous enjoignent de placer nos effets personnels dans des sacs scellés, dans l’éventualité où ils seraient porteurs de germes contaminés.
Des hauts-parleurs crachent les mêmes consignes à intervalles réguliers : avancer en rangs serrés, et ne pas retirer son masque.
Jamais.

Un groupe de britanniques en t-shirts et débardeurs nous précèdent, bravant la température et tenant par la même leur réputation, trahis cependant par la multitude de petites bosses sur la surface de leur peau.

Ils sont donc humains et ressentent le froid, après-tout.
Ou peut-être sont-ils simplement partis dans la précipitation.

Quelques jours plus tôt, la NSH a lancé une vaste campagne de vaccination visant l'intégralité de la population, mesure d'urgence ayant pour but d'enrayer l'épidémie qui frappa soudainement l'île quelques semaines pus tôt.
Partie de Cambridge, rien ne semble pouvoir l'arrêter.
Et personne ne l'attendait.

Et pour cause, elle est comme venue d'un autre âge, prétendument disparue depuis près de 150 ans, notamment grâce aux travaux de ce bon vieux Pasteur : la rage.

Carte infection

Mais une rage nouvelle, plus virulente, dont l'origine reste floue. Les médias en dirent d'abord peu, bâillonnés par le gouvernement diront certains, mais suffisamment pour que s'installe progressivement un vent de panique.

Puis la multiplication des incidents ne laissa plus aucune place à la dissimulation. Très vite, l'île entière fut touchée, cantonnant les espaces encore sûrs à quelques zones éparses, dont ce centre de vaccination improvisé à Londres, ici, à Canada Water.

La queue avance lentement et, après vingt minutes de piétinement, nous pénétrons enfin la grande warehouse alors qu'un numéro de groupe, le 14, nous est attribué.
Nous accédons à une sorte de hall d'accueil où un médecin nous fait un premier briefing, tout en faisant circuler un formulaire à signer : nous allons recevoir le vaccin, et l'urgence de la situation fait qu'il va nous être inoculé malgré un pourcentage de réussite que l'on pourrait difficilement qualifier d'idéal.
Le médecin nous demande de patienter dans cette zone jusqu'à ce que notre groupe soit appelé, suite à quoi nous nous procurons un flacon de complément vitaminé à l'une des pharmacies disponibles. Nous nous asseyons ensuite pour un premier check-up alors que le groupe précédent, le numéro 13, est appelé.
Je me surprends à espérer que ce nombre leur porte chance aujourd'hui plus que jamais.

Tour à tour, nos ongles puis nos yeux sont examinés, à la recherche de traces physiques évidentes de contamination, et afin d'écarter les cas visiblement plus avancés pour une prise en charge immédiate. Je laisse échapper un petit rire nerveux lorsque vient mon tour, suite à quoi mon examinatrice me rappelle froidement que de nombreuses personnes vivent actuellement des heures difficiles.
Je ravale mon sourire et finis mon flacon alors qu'elle passe à la personne suivante. À première vue, notre groupe est sain.

Notre numéro s'affiche sur les écrans en même temps qu'il est appelé via les hauts-parleurs : le moment est venu de recevoir notre traitement. Nous sommes conduits dans une autre salle où l'on nous procure une seconde fiole de vitamines que l'on nous intime de boire sur-le-champ. Un autre médecin nous briefe sur ce qui va suivre : nous allons entrer dans une sorte de dortoir où, une fois allongés, le vaccin sera diffusé par voie gazeuse.
Son taux de réussite nous est également révélé, et cette annonce tombe comme une sentence : cinquante pourcents.

Une chance sur deux de rester sain ou de finir comme l'un de ces individus aperçus dans les news, déversant une violence incontrôlable dans les rues de la capitale.

Nous sommes emmenés dans le dortoir où des lits médicaux à l'armature froide sont alignés, et des images des heures les plus sombres de l'humanité s'impriment un court instant dans mon esprit. Je chasse immédiatement ces horribles pensées, et fixe l'écran au-dessus de moi en tâchant de la remplacer par une réflexion plus rationnelle.
Le gouvernement et l'armée sont là pour nous aider.
Les hauts-parleurs diffusent de nouvelles consignes, nous demandant de nous allonger, de fermer les yeux et de respirer profondément. Je continue de fixer l'écran alors qu'un léger sifflement se fait entendre, et qu'un brouillard s'installe doucement dans la pièce. Sur le téléviseur, l'image se voile, puis le son se distord, devient comme lointain.
Je ne distingue plus très bien ce qui m'entoure.
Puis c'est le noir complet.

***

Des bruits métalliques me tirent de ma léthargie, résonnant d'abord dans mon crâne, sourdement, puis je reprends lentement conscience du monde extérieur.

Des pas.

Des bottes qui martèlent une surface en métal.
Puis quelqu'un qui appelle.
J'ouvre les yeux sur un dortoir toujours plongé dans l'obscurité, mais balayé par le faisceau lumineux d'une lampe torche. Un homme à l'air hagard coure entre les lits, secouant les patients pour qu'ils se réveillent. Il braque sa lampe sur nos visages, une détresse paranoïaque dans les yeux et, sans reprendre son souffle, entame un discours confus.
Entre deux regards apeurés, il nous révèle que nous sommes endormis depuis une dizaine de jours et que tout ceci, les militaires, les médecins, le vaccin, tout n'était qu'une mascarade, une illusion pour donner le temps aux gouvernants et aux élites d'évacuer l'île en toute quiétude, sans faire de vagues.
Sans autre forme de procès, et sans nous laisser le temps de la réflexion, il nous demande de le suivre, car il faut sortir, vite, avant qu'ils n'arrivent.

Car ils viennent toujours.

Nous courons à sa suite dans un dédale de couloirs et de passerelles, tâchant de ne pas le perdre de vue, alors que des bruits puis des gémissements se font entendre, d'abord lointains, puis de plus en plus proches. Des ombres se faufilent sur les côtés, des silhouettes apparaissent furtivement derrière des grilles, des murets. Puis le calme revient et nous débouchons finalement dans une sombre allée au bout de laquelle, baignée dans la lumière d'un réverbère et juchée sur un promontoire, une silhouette se tient.
Un prêtre.

Notre guide s'est arrêté et se tient sur le côté, aux aguets : nous sommes visiblement arrivés à destination.
L'homme de foi nous fait agenouiller alors qu'il circule parmi nous, plongeant tour à tour son regard dans le nôtre, puis entame un sermon passionné sur l'Apocalypse, déambule en déblatérant sur la folie des hommes qui pensaient tout savoir, tout maîtriser, avec leurs théories blasphématoires sur l'évolution des espèces et que le châtiment, le châtiment que l'on devait attendre pour avoir voulu remplacer Dieu, Dieu tout puissant, s'était abattu sur nous.
Il remonte sur son perchoir tout en continuant sa diatribe, les mains levées vers le ciel puis, soudainement, s'interrompt, porte l'une d'elles à son front, et observe le liquide pourpre entre son pouce et son index, tombé du plafond et qui coule désormais entre ses doigts. Il se met à hurler, levant de nouveau les mains, une terreur folle dans le regard, à hurler qu'il faut courir, courir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Notre guide n'a pas attendu son signal, agrippant déjà des membres du groupe alors qu'il se met à détaler, à détaler comme un lapin poursuivi par des chiens enragés.
De tous côtés, les silhouettes sont revenues et se sont matérialisées en des formes humaines, désarticulées, aux yeux injectés de sang, criant et gémissant alors qu'elles tentent de grimper par dessus les grilles et les débris abandonnés d'une civilisation ayant tout laissé sur place dans la panique, autant de frêles obstacles protégeant sommairement notre fuite.
Nous passons de couloirs en buildings, de buildings en passerelles, assaillis de toute part par des contaminés fous furieux, slalomant entre les corps de ceux qui nous ont précédé et ont eu moins de chance.
Nous débouchons finalement sur une place qui semble plus calme, au milieu de laquelle se dresse un mur couvert de photos, de messages, d'avis de recherche désespérés.

Ceux d'entre nous ayant encore des clichés de leurs proches sur eux les épinglent à leur tour, faisant passer des stylos pour écrire quelques mots entre les visages figés, témoins d'une époque pas si lointaine où les gens souriaient encore. Mais le répit est de courte durée, car les ombres sont de nouveau là, prenant la place d'assaut, encerclant notre groupe alors qu'au loin, au milieu des ténèbres de la ville, une lumière se met à clignoter, là-bas, d'une fenêtre en haut de cet immeuble, comme un phare guidant les navires perdus au milieu des vagues déchainées.
Le groupe s'élance vers le bâtiment de la dernière chance, talonné par une poignée de contaminés, jusqu'à ce qu'un homme surgisse, sorti de nulle part, équipé comme un CRS et, matraque à la main, commence à repousser comme il peut les enragés qui viennent s'écraser sur son bouclier, nous permettant d'atteindre le building dans lequel nous nous engouffrons à la suite d'une femme qui nous faisait de grands gestes un instant plus tôt.
Elle nous guide d'étage en étage dans une cage d'escalier aux lumières hésitantes, puis tambourine à l'une des portes sur l'un des paliers, implorant à travers le bois une certaine Anna de déverrouiller l'accès.
Une jeune fille ouvre la porte et nous fait entrer précipitamment, alors que les bruits de lutte résonnent toujours dans l'escalier. Après avoir pris soin de fermer les multiples verrous, elle nous installe dans le petit salon de cet appartement modeste et nous parle briévement d'elle, nous explique que l'homme en armure dehors est son père, et qu'ils se sont barricadés ici lorsque l'épidémie est officiellement devenue hors de contrôle.

Elle nous sert un verre d'un étrange alcool vert fluo dans une tentative louable de réchauffer les coeurs, puis une radio posée dans un coin de la pièce et qui jusque là ne faisait qu'émettre des grésillements se met à cracher un autre son, une voix, celle d'un homme.
Un appel.
Pas un appel de détresse, non, mais une main tendue, un refuge, la promesse d'un sanctuaire protégé par des militaires, ouvert à tous, avec des vivres et de l'électricité.
Le groupe prend la décision de s'y rendre sous l'impulsion d'Anna : peut-être est-ce là la solution que nous attendions, celle qui mettra un terme à cette course effrénée à la survie.
En attendant, cette course reprend, avec l'espoir que ce soit pour la dernière fois ; une fuite toujours couverte par les même ombres, menaçantes, qui rampent, hurlent ; toujours entravée des mêmes cadavres que l'on enjambe, et faite de toujours plus de couloirs sombres, d'escaliers glissants jusqu'à ce que, enfin, au détour d'un mur, d'une grille, les hommes en treillis.

Lorsqu'ils nous voient arriver, les militaires nous font entrer et nous séparent immédiatement, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, avec pour les uns la promesse d'une vie décente basée sur la méritocratie, sur l'effort apporté au sein de la communauté et, pour les autres, celle de la protection des hommes en échange d'une… coopération totale.
Les femmes sont emmenées dans les quartiers de l'officier en charge, celui qui dirige et veille à ce que l'ordre soit maintenu alors que, de notre côté, nous pénétrons un environnement tumultueux, peuplé d'hommes avinés en armes, parsemés de murs couverts d'images pornographiques, avec en guise de fond sonore de la drum and bass et les hurlements des contaminés captifs utilisés comme source de divertissement.

***

C'est ici la fin de la partie scénarisée de cette édition de Secret Cinema, les participants étant dès lors libres de circuler dans cette zone aux airs de rave party en warehouse, avec des DJs et disposant également de bars et de stands de nourriture.
On n'y restera pas très longtemps malheureusement, notre groupe ayant été l'un des derniers à partir, et serons rapidement conduits dans la grande salle où la projection du film en lui-même a lieu.

J'ai choisi de décrire cette première partie dans un style un peu romancé pour mettre en lumière le côté particulièrement immersif de cette première phase de ce Secret Cinema, se distinguant quelque peu des éditions précédentes.
Ces dernières - sur le thème de Back to the Future puis Star Wars l'année dernière - consistaient en effet en la recréation des univers des films, sous la forme d'une zone ouverte dans laquelle le participant pouvait se balader à loisir, sans scénarisation au-delà de quelques scènes de film jouées çà et là.
Il y avait des bars, des restaurants, et autres boutiques diverses en rapport avec l'œuvre mais le spectateur n'était pas forcé de participer outre mesure s'il ne le souhaitait pas.

Avec 28 Days Later, on est davantage dans le scripté, l'action, le participatif, et c'est extrêmement bien fait.

Comme toujours, un gros effort a été apporté afin de préparer le spectateur en amont, en l'occurrence par la création d'un faux site de la NSH (détournement de la NHS, le système de santé anglais), disposant de nombreuses informations, et également d'un faux site d'information lié à une chaine YouTube (d'où sont tirées les vidéos intégrées au début de cet article).

Malgré le côté un peu dramatique du récit, la vérité est que nous étions morts de rire de A à Z, mais ça n'enlève rien à l'effort apporté à la production, assez incroyable et très poussée. Les acteurs sont très convaincants, improvisent au fil de l'eau, l'ambiance sonore est très bien rendue et les décors sont extrêmement soignés : l'immersion est totale.

La projection du film en elle-même est également travaillée. Nous étions allongés sur des lits de camps, surplombés par des écrans inclinés. Des bars et des stands de nourriture sont à disposition et, fidèle à la tradition, des scènes du film sont jouées en live, en même temps que la projection.

On pourra toujours argumenter sur le prix, assez élevé il est vrai (£60 cette fois-ci, et un peu plus cher le soir), d'autant plus que la nourriture et les boissons ne sont pas incluses, et que le participant est très fortement incité à sortir son porte-monnaie pour acquérir un costume.
Au bout du compte, ça fait rapidement une journée à plus de £100.

Mais la qualité justifie définitivement le prix et s'il se trouve que le film choisi fait partie de vos favoris, il n'y a pas à hésiter.

Secret Cinema Presents 28 Days Later continue jusqu'au 29 mai, et il reste encore des places à l'écriture de ces lignes.

Sinon, pour les amateurs, le suivant sera consacré à Dirty Dancing (tickets déjà en vente).

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